Norme eIDAS : niveaux de confiance

Cette page décrit les niveaux de confiance eIDAS tels qu'utilisés par ProConnect. Elle est commune aux deux types de partenaires :

1. Les niveaux eIDAS

ProConnect communique le niveau de confiance d'une authentification via l'attribut acr. Chaque niveau est défini selon trois axes :

  • Identité : quelle est la qualité de preuve de l'identité de l'utilisateur ?
  • Authentification : comment l'utilisateur s'est-il authentifié ?
  • Organisation : quel est le lien entre l'utilisateur et son organisation ?
Valeur acrIdentitéAuthentificationOrganisation
eidas0Faible ou déclarativeSimple (mot de passe)Modération ou déclaratif
eidas0-mfaFaible ou déclarativeMFA faibleModération ou déclaratif
eidas1FaibleSimple (mot de passe)Modération ou plus
eidas1-mfaFaibleMFA faibleModération ou plus
eidas2SubstantielleMFA forteLien certifié par une source officielle
eidas3ÉlevéeMFA forte matérielleLien certifié par une source officielle

Les niveaux eIDAS sont construits sur trois piliers indépendants. Comprendre chacun d'eux permet de choisir le niveau adapté à votre contexte.

Le niveau eIDAS retourné est déterminé par le pilier le plus faible. Un Fournisseur d'Identité aura vérifié l'identité de ses agents à un niveau élevé et le lien avec l'organisation est certifié par une source officielle, mais si la méthode d'authentification est un simple mot de passe, le niveau retourné sera eidas1, et non eidas3.

2. La qualité de l'identité

Le règlement eIDAS (2015/1502) définit trois niveaux de garantie pour l'identification électronique. Ils décrivent dans quelle mesure l'identité numérique d'un utilisateur a été vérifiée avant de lui être attribuée. ProConnect y ajoute un niveau déclaratif, en-dessous des niveaux eIDAS.

QualitéExplicationExemple
DéclarativeL'utilisateur renseigne lui-même ses informations, sans aucune vérification externe.Compte créé sans vérification d'identité
Faible (eIDAS)L'existence de l'identité peut être présumée à partir d'une source faisant autorité. Aucune vérification active n'est requise : on présume que la personne est bien celle qu'elle prétend être.Vérification d'identité avec FranceConnect
Substantielle (eIDAS)Il a été vérifié que la personne est en possession d'un document d'identité reconnu, dont l'authenticité a été contrôlée. Des mesures ont été prises pour minimiser le risque d'usurpation (perte, vol, expiration, révocation).Vérification d'identité avec FranceConnect+
Élevée (eIDAS)Niveau substantiel, plus : la personne a été identifiée par comparaison de caractéristiques physiques (biométrie ou photographie) auprès d'une source faisant autorité.Embarquement par un processus RH traditionnel ; Vérification d'identité avec FranceConnect+ et FranceIdentité

3. La méthode d'authentification

Un facteur d'authentification appartient à l'une des trois catégories suivantes, telles que définies par le règlement eIDAS (2015/1502) :

  • Connaissance : quelque chose que l'on sait : mot de passe, code PIN
  • Possession : quelque chose que l'on possède : téléphone, clé physique, carte à puce
  • Inhérent : quelque chose que l'on est : empreinte digitale, reconnaissance faciale

Une authentification multi-facteur (MFA) doit combiner au moins deux facteurs appartenant à des catégories différentes. Deux mots de passe ne constituent pas une MFA.

Le Guide ANSSI sur l'authentification multifacteur et les mots de passe établit une distinction importante : une MFA n'est pas nécessairement une authentification forte. Une MFA faible combine plusieurs facteurs sans qu'aucun ne repose sur un mécanisme cryptographique robuste. Une MFA forte fait intervenir au moins un facteur cryptographiquement fort. Le guide cite explicitement TOTP, HOTP, FIDO2 et les certificats comme exemples de tels facteurs.

Trois critères permettent de distinguer les niveaux MFA entre eux :

  • Force cryptographique (Guide ANSSI) : le second facteur repose-t-il sur un protocole cryptographique fort (TOTP, FIDO2…) ou non ?
  • Contrôle du facteur (eIDAS 2.2.1) : peut-on présumer que le second facteur est sous contrôle exclusif de la personne, ou la protection est-elle fiable par construction ?
  • Résistance aux attaques (eIDAS 2.3.1) : le mécanisme résiste-t-il à un attaquant à potentiel modéré ou élevé ?
MéthodeExplication
SimpleUn seul facteur d'authentification.
MFA faibleDeux facteurs de catégories différentes. Aucun n'est cryptographiquement fort. Le second facteur est géré par l'utilisateur.
MFA forteDeux facteurs de catégories différentes. Au moins un facteur est cryptographiquement fort (TOTP, FIDO2…). Contrôle : présumé exclusif. Résistance : attaquant modéré.
MFA forte matérielleDeux facteurs de catégories différentes. Le second facteur est physique, sa clé est ancrée dans un composant de sécurité et ne peut pas être extraite. Contrôle : fiable. Résistance : attaquant élevé.

3.1. Exemples commentés

Les exemples suivants illustrent pourquoi une méthode donnée atteint eidas1-mfa, eidas2 ou eidas3. La distinction repose sur les trois critères : force cryptographique du second facteur, garantie présumée ou fiable sur son contrôle, et résistance à un attaquant modéré ou élevé.

MéthodeNiveau maxPourquoi
Mot de passeeidas1Facteur de connaissance unique, pas de protocole cryptographique fort, deux facteurs de catégories différentes sont requis pour atteindre un niveau MFA.
Email OTPeidas1-mfaL'accès à la messagerie et à l'identité sont réputés différents. La combinaison de ces deux facteurs, d'une même catégorie, permet a titre dérogatoire de fournir un niveau MFA faible.
SMS OTPeidas1-mfaCanal non sécurisé (interception SS7, SIM swapping) : pas un facteur cryptographiquement fort.
TOTP (application authenticator)eidas2Protocole cryptographique fort, mais le secret peut être sauvegardé et transféré sur un autre appareil : seulement présumé sous contrôle exclusif.
Push notification (ex. Microsoft Authenticator)eidas2Protocole cryptographique fort, mais dépend de la sécurité de l'appareil et du compte cloud associé : seulement présumée sous contrôle exclusif.
Passkey synchronisé (ex. iCloud Keychain)eidas2Protocole cryptographique fort, mais la clé est synchronisée entre appareils : seulement présumée sous contrôle exclusif.
Passkey non-synchronisé (hardware-backed)eidas2 à eidas3Si la clé est ancrée dans la puce de l'appareil et non exportable, peut atteindre une garantie fiable. Dépend de l'implémentation.
Carte à puce + PIN (ex. carte agent)eidas3La clé privée est ancrée dans la puce et ne peut pas être extraite : garantie fiable. Résiste aux attaquants à potentiel élevé.
Clé FIDO2 matérielle (ex. YubiKey) + PINeidas3Clé générée dans le secure element, non exportable : garantie fiable. Résiste aux attaquants à potentiel élevé.

4. Le lien avec l'organisation

LienExplication
DéclaratifL'appartenance de l'utilisateur à son organisation est auto-déclarée.
ModérationL'appartenance est validée par un tiers (administrateur, modérateur).
Lien certifié par une source officielleL'appartenance a été enregistrée et vérifiée auprès d'une source faisant autorité sur la base de procédures reconnues (processus RH formel : création de compte, rattachement dans l'annuaire, remise des moyens d'authentification). Le lien peut être suspendu ou révoqué à tout moment.

5. Le cas de eidas0

eidas0 regroupe les cas où l'identité est faible ou déclarative et le lien organisationnel est modération ou déclaratif. Ces deux axes ayant chacun deux valeurs possibles, voici comment les combinaisons sont interprétées :

IdentitéOrganisationNiveau
DéclarativeDéclaratifNon autorisé (les deux piliers sont au niveau minimal)
DéclarativeModérationeidas0
FaibleDéclaratifeidas0
FaibleModérationeidas1 (les deux piliers atteignent le niveau suivant)

eidas0 correspond donc aux cas intermédiaires : l'un des deux piliers est déclaratif tandis que l'autre atteint le niveau faible ou modération.